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L'EURASIE

Désignant tour à tour un espace géographique, une idéologie politique et le mythe d’une civilisation des steppes, l’Eurasisme est né il y a plus d’un siècle . Depuis les années 2010, l’idée connaît un regain de popularité en Russie, jusqu’au sommet du Kremlin.

Sillonnée par nombre d’aventuriers, de Marco Polo à Nicolas Bouvier, l’Eurasie connue pour ses Routes de la soie et sa Route des épices a toujours fasciné.


Au sens géographique, l'Eurasie est un supercontinent formé de l'Europe à l'ouest et de l'Asie à l'est.

Au sens géopolitique, l'Eurasie se réfère à une idéologie l'eurasisme qui considère l’ensemble formé par la Russie et ses voisins proches, slaves, roumains, grecs ou musulmans, comme une « entité continentale » à part entière. Une Eurasie imprégnée de l’orthodoxie slave, mais aussi de l’islam des peuples turcophones.

Cette pensée de l’espace rejoint ainsi une quête identitaire plus ancienne, que l’on peut faire remonter au XVIIIe siècle et à l'occidentalisation forcée initiée sous le règne de Pierre le Grand.

L’eurasisme renvoie ainsi à une pensée complexe fruit de multiples héritages de la pensée russe mais aussi d’autre part, celui de l’exil de nombreux intellectuels suite à la Révolution d’Octobre 1917. L' idéologie va ainsi se renforcer dans les milieux de l’émigration russe au cours des années 1920-1930.

L’eurasisme puis aujourd'hui le néo-eurasisme popularisé par un des intellectuels les plus influents de la « nouvelle Russie » Alexandre Douguine prône un empire nationaliste.

Depuis le début des années 2000, la vision géopolitique de la Russie affichée par ses dirigeants s'inspire pour partie de l'eurasisme.

De la création de l’Union économique eurasiatique dans les années 2010, à la volonté de mettre en place, une Grande Eurasie, le président russe Vladimir Poutine choisit d’inscrire la Russie dans une géographie la plaçant au centre du monde.


La Russie combinerait en elle les trois variantes possibles des échanges au sein du vieux continent : non seulement les « routes de la soie » et la « route des Varègues* aux Grecs », mais également les chemins sibériens empruntés par les Cosaques, puis par le Transsibérien.

Tous les néo-eurasistes se retrouvent dans ces présupposés : le rejet de l’Europe, l’idée de centralité, que ce soit sur les plans culturel, économique ou politique de l’Eurasie, les paradoxes de « l’Orient intérieur » turko-musulman et un attrait pour la zone extrême-orientale, un double rapport de la Russie au reste du monde (relation hermétique à l’Occident, mais ouverte avec l’Asie) et un parallèle implicite, mais constant, entre Orient-Occident et bipolarité Est-Ouest.


L’Eurasie du XXIe siècle devrait donc mettre en valeur non plus la fusion entre monde slave et monde turc, mais entre monde russe et extrême-oriental, non plus entre orthodoxie et islam, mais entre orthodoxie et bouddhisme, confucianisme.



*La route commerciale des Varègues aux Grecs était reliée à d'autres voies navigables d'Europe de l'Est comme celle des rivières Pripyat et Bug qui, en passant par l'Ukraine, la Biélorussie et la Pologne conduisait en Europe de l'Ouest ainsi que la route commerciale de la Volga qui descendait ce fleuve jusqu'à la mer ...


*Au sens ethno-anthropologique, l'adjectif « eurasien » (ou « eurasienne » au féminin) peut désigner une personne métisse, née de parents respectivement européen et asiatique. Le terme a été forgé en Indochine française.


Sources

" Les cahiers du monde russe"

Article "Le néo-eurasisme russe. L’empire après l’empire ?" de Marlène Laruelle chercheuse associée au Centre d'études des mondes russes, caucasiens et centre-européen (CERCEC) et à l’Observatoire des États post-soviétiques (INALCO)

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